Interview de juin 1997 - Angel Cage
Cette interview a été traduite par mes soins à partir des versions allemande et américaine de l'artbook (parues respectivement chez Carlsen et Viz Media).
I. La ravissante et cruelle fillette du "pays des merveilles"
1. Aujourd'hui nous nous risquons à un aperçu profond du monde de Kaori Yuki. Yuki sensei,
il y a d'innombrables motifs de "Alice au pays des merveilles" dans vos uvres. Qu'est-ce qui
vous a tant fasciné en Alice ?
En fait, pendant longtemps je ne connaissais "Alice" qu'au travers du dessin animé de Disney.
Mais quand je m'en suis occupée plus sérieusement, il était étonnant de voir que l'uvre d'origine
dégage une atmosphère complètement différente.
2. Parce que dans le Disney il y a eu tellement de modifications ?
Alice était beaucoup plus jeune, six ans peut-être ? Une petite fille avec un bandeau noir et court,
et le charme d'un enfant.
J'aime bien aussi le nom de l'auteur, Lewis Carroll. Je n'aime pas autant l'histoire en soi et les personnages.
Mais au contraire plutôt l'atmosphère ! Elle est à la fois cruelle et élégante, comme "Mother Goose". Une chose
que j'aime beaucoup.
3. Ah oui je comprends. Le sang ne coule pas, mais une sensation froide vous parcourt le dos.
Exactement ! Une reine qui crie "coupez-lui la tête !", c'est très brutal ! Et aussi Alice elle-même dit des
choses très cruelles. Cette cruauté proprement enfantine. D'abord elle considère quelqu'un comme un ami, mais dès
qu'elle s'en lasse, elle se met à hurler : "Quelle stupide chose ! Cela vit dans une misérable maison - je ne
voudrais jamais devenir comme ça !" Ce sentiment, si on l'entend, est quelque chose de si simple. On veut
soupirer : "Les petites filles, ah vraiment...!" J'aime bien tout cela.
Et tous ces jeux de mots ornés ou les lettres qui ressemblent à des queues de souris, toutes ces choses gaies.
C'est ce qui m'a fasciné.
4. Vous possédez le manuscrit ?
Oui, une copie du livre qu'il donna à la véritable Alice. L'avez-vous déjà vu ? (le livre de la photo du bas
est le manuscrit de "Alice au pays des merveilles").
J'ai utilisé ce livre comme référence lorsque j'ai dessiné le calendrier d'Alice pour mon travail final. Les images
y donnent des frissons ! Par exemple, dans la scène où Alice devient un géant, non seulement tout son corps grandit,
mais son cou s'étire en hauteur comme un champignon, et devient de plus en plus long. Cette scène m'a toujours semblée
étrange dans le Disney. Votre corps deviendra simplement plus grand et les oiseaux appellent : "un serpent, un serpent !"
ça je ne l'ai jamais compris. Mais à travers cette image j'ai pu comprendre.
Le dodo aussi m'a fascinée. Le vrai nom de Lewis Carroll était Dodgson. Il a modifié "Dodgson" et ainsi est
apparu le dodo. Naturellement j'aime bien les dodos; leur aspect et le fait qu'ils aient disparu les entoure
d'une aura d'une triste beauté.
II. L'élégance de l'Angleterre comme assaisonnement d'une histoire
5. Beaucoup de vos histoires se passent en Angleterre. Y a-t-il une raison, pourquoi avez-vous toujours
recours à ce pays ?
"Alice au pays des merveilles" est aussi une histoire anglaise et tourne continuellement autour du repas. De même
dans "Mother Goose". A la Tee party, ou quand quelque chose sort du gâteau. L'histoire fait frissonner, mais elle
possède aussi cette élégance étrange. Je ne suis vraiment pas une grande experte en ce qui concerne le système de classes
anglais ou les coutumes. C'est mon complexe mais aussi ma force, parce que je ne me laisse pas enfermer par ces connaissances.
6. On a plus de marge de manuvre si on ne se tient pas aux recherches historiques.
Je pense que cela diminue le côté divertissant. Bien que je travaille d'après un ouvrage anglais pour les bases, je
me rapproche par exemple des chansons comme "Mother Goose" par la porte de sortie. Je réfléchis comment rendre les choses
encore plus angoissantes. C'est aussi beaucoup plus amusant.
7. Vous insérez des symboles anglais connus dans votre monde.
Des histoires ou des idées parfaitement originales, il n'y en a pas. Quel auteur également -il n'y en a aucun-
n'a pas été influencé par quelqu'un. Je ne pense pas non plus que quelque chose se forme de moi. Je traite toujours
des impulsions de l'extérieur.
III. Détesté, mais agréablement
8. Vous disiez justement que vous réagissiez spécialement au côté angoissant dans "Alice".
Y a-t-il aussi pour vous personnellement, des choses qui vous fascinent autant qu'elles vous angoissent ?
J'ai peur des fantômes. J'en ai tellement peur que je ne peux même pas réfléchir à s'il y en a vraiment.
C'est pourquoi j'aime le monde de l'imagination, car les choses qu'on imagine n'existent pas vraiment. Par
exemple, il y a un film que j'aime beaucoup, c'est "Paper House". Une petite fille peint une image de sa
maison sur une grande feuille de papier et quand elle dort, sa maison devient réelle dans son rêve. Une histoire
très angoissante en film. Son père ne vient pas à la maison et elle souhaite qu'il revienne. Alors elle peint
une image de celui-ci à côté de la maison. Mais comme elle n'arrive pas à refaire correctement son visage, elle
gomme ses yeux. Et là, dans le rêve, il revient et ses yeux sont bien sûr comme sur le dessin. Il est terriblement
furieux et lui crie après : "Pourquoi m'as-tu peint un tel visage !?" Alors, n'est-ce pas effrayant ?
Ensuite il y a encore "Dreamchild" et le film de marionnettes "Alice", qui sont aussi quelque part sinistres et je
les aimes beaucoup. Quand j'aime un film, j'aimerais toujours faire partie de son monde.
De même j'aime les maisons de poupée. J'ai des livres à ce sujet, et quand il y a une exposition, je dois tout simplement
y aller immédiatement.
9. Donc vos travaux sont construits sur des choses que vous aimez et que vous craignez ?
Oui probablement, je dessine toujours des choses que j'aime et crains à la fois. Oui vraiment, devant
Pierrot j'ai aussi une peur bleue !
10. C'est vrai , vous avez déjà utilisé Pierrot comme accessoire.
Avant j'avais un Pierrot comme poupée. J'en ai eu tellement peur qu'un jour je l'ai jeté par la fenêtre.
Mais quand j'y repense maintenant, c'est encore plus angoissant (rires).
11. Oui, la pensée est réellement angoissante...
Dans le film "Poltergeist" il y a une scène où un Pierrot attaque les comédiens. A mon avis, là, quelqu'un a
vraiment imaginé la plus horrible des choses ! J'en ferais volontiers autant. En fait j'ai toujours voulu devenir
réalisatrice si je n'étais pas devenue mangaka.
IV. D'où vient l'âme et où va-t-elle ?
12. Vous disiez que vous auriez peur que l'univers cesse d'exister ?
Oh oui, c'est une représentation terrible.
On suppose que nous sommes toujours nés au milieu de l'existence de la Terre. Cependant, les étoiles aussi ont
une durée de vie limitée. Si on regarde les choses sous cet angle, un jour il n'y aura plus rien.
Rien du tout.
Mais s'il n'y a plus la Terre, nous disparaissons aussi. J'ai peur de disparaître. Et alors on se met à
réfléchir, d'où vient notre âme et où elle va. Je pense que si nous les humains n'avions qu'un corps et pas
d'âme, nous ne serions pas vraiment vivants.
Mais il existe une technique par laquelle on plonge dans un sommeil plus froid, pour survivre jusqu'à une époque prochaine.
Mais ça je ne le pourrais pas. Mon âme serait alors séparée de mon corps. Mon cerveau régirait certes
mon corps, mais seulement, réveiller un corps revenu à la vie... ça n'est pas la vie. On n'a plus d'âme.
J'y ai réfléchi et ai alors dessiné "Neji".
V. La relation imprévisible entre maître et serviteur
13. A propos, je trouve que vos histoires ont quelque chose de très érotique en elles-mêmes...
Ah mais nous autres mangakas sommes tous de vieux satyres ! (rires) Non honnêtement, n'est-ce pas ainsi ?
14. Je trouve que érotique et scandaleux ne sont pas équivalents. Je ne dis pas cela pour m'étendre sur le sujet.
La scène avec Setsuna et Sara au lit, par exemple, était trop claire, mais ce n'était pas pour moi trop indécent.
Mais dessiner ceci, c'est très désagréable ! (rires)
15. Je sens l'Eros dans des scènes tout à fait différentes . Par exemple, la façon dont vous présentez la relation
entre maître et serviteur. Là une sorte d'amour dévoué est en jeu, la crainte est presque déjà provoquante
dans son intensité. Peut-être une nouvelle sorte d'amour-haine ?
C'est exprimé d'une façon assez forte, mais je vois ce que vous voulez dire. Beaucoup de mes lecteurs
semblent lire "Earl Cain" parce qu'ils voient entre Cain et Riff une relation amoureuse. Je ne pense pas que
c'en soit une. Mais j'attise déjà fortement le feu (rires). Voilà comment sont les auteurs maintenant. Nous préférons
rester dans la mémoire du lecteur avec une folie exorbitante, que pas du tout.
Mon personnage principal est toujours celui dans lequel je me projette. Si je ne pouvais pas me mettre à la place
de Cain, je ne pourrais pas non plus le dessiner. Donc, je le dessine tel que j'aimerais être moi-même. Riff est
de nouveau ma mère ! Bref, ils sont comme la couveuse et le poussin. Ils sont une manifestation de mes désirs, de
l'instinct de protection et du besoin de se laisser complètement aller.
16. Ah oui, je comprends. Ce n'est pas non plus comme ça que je comprendrais une relation homosexuelle (j'espère
que je ne suis pas trop direct avec ça). Mais dans une vie qui ne consiste qu'à servir aveuglément son maître,
il y a un érotisme caché particulier.
Oh oui, mes personnages sont déjà très accrocs ! (rires) Cependant s'ils n'étaient pas si accrocs, ils ne pourraient
pas porter de telles histoires violentes. Poignarder quelqu'un, ou le protéger par tous les moyens... Là on doit tirer
dans tous les registres si l'on doit tisser un drame en 30 pages. D'un autre côté on ne peut pas mettre des personnages
normaux. S'ils n'ont pas quelque chose en quoi ils croient de tout leur cur... Si une personne ne vit simplement
que pour elle-même, c'est une existence vide. C'est pourquoi chacun se crée quelque chose pour lui-même dans lequel il
peut mettre son coeur. Dans mon cas ce sont les mangas, même si je m'y suis empêtrée un peu trop profondément.
VI. ?
17. Une marque de vos uvres est que vous offrez à chaque personnage une histoire... Avez-vous d'abord un sujet
et créez-vous ensuite l'histoire afin de l'utiliser ? Ou bien arrive en premier le désir de dessiner quelque chose de
particulier ?
Tout commence quand j'ai envie de dessiner une histoire particulière. Et ensuite, j'imagine les personnages.
Alors je me demande "mais pourquoi il devrait faire une telle chose ? Parce qu'il a fait ci et ça et c'est suite
à cela qu'il est devenu comme ceci et comme cela." Ainsi les personnages reçoivent lentement de la profondeur
et alors enfin j'en arrive au sujet. Le message, je l'ajoute en toute conclusion.
18. Donc, vous imaginez une histoire parce que vous vouliez dessiner une scène déterminée ?
Oui, ça arrive.
VII. Je voulais dessiner des anges qui baignent dans le sang
19. Y a-t-il quelque chose que vous n'auriez pas encore dessiné et aimeriez bien dessiner ?
il y a quelque chose que je voulais faire dans mes débuts de dessinatrice. Mais maintenant, je ne le pourrais plus.
Pour moi c'est l'uvre dans laquelle se trouvent mes racines.
20. Parce que vous étiez inspirée par quelque chose que vous aimiez en ce temps-là ?
Oui, exactement. J'aimais bien regarder des films américains. Particulièrement des films de jeunes.
Le manga que je voulais alors dessiner parlait de trois garçons américains qui cherchent chacun le grand amour.
Comme dans "The Outsiders". C'était une histoire, traçant l'entrée dans l'âge adulte, que j'ai toujours voulu
dessiner, jusqu'à ma mort tellement je m'en suis exaltée. Quand aujourd'hui je repense à tout cela, je ne sais plus du
tout pourquoi.
21. Vous pensiez que vous vouliez dessiner "Angel Sanctuary" depuis déjà un long moment.
Oui certes, mais maintenant, pendant aussi longtemps je ne le voudrais plus.
22. Ici aussi c'était le cas où à partir du désir de dessiner, s'est levé un sujet propre ?
Il en va ainsi pour toutes mes uvres. Le sujet vient toujours en dernier. Mais si vous voulez me demander
quel est le thème d'"Angel Sanctuary", ça je ne le saurais pas non plus (rires).
Si cependant vous me demandiez ce que j'ai voulu y dessiner... Un monde systématisé avec à l'intérieur les anges, comment
leur amour et leur haine se heurtent l'un à l'autre et transforment le monde en un enfer cruel et souillé de sang.
23. "Angel Sanctuary", un soupe-opéra de haine et d'amour ?
Oui, on pourrait le qualifier ainsi. Quand j'ai appris qu'il y avait tous ces rangs dans le monde des anges, je me
suis dit : "mais c'est captivant !"
24. L'histoire est donc apparue comme ça, quand vous avez découvert qu'il y avait plusieurs sortes d'anges ?
Exactement. Il y en avait déjà une sur laquelle toute l'histoire se base. C'est un manga appelé "1/2 Moon". L'histoire
tourne autour de la reine des Démons et de son prince, qui vient sur Terre pour expulser un démon qui a possédé une jeune
star de la pop. Depuis le temps que je voulais dessiner des anges qui volent au-dessus de Tokyo.
25. C'est-à-dire que vous vous êtes décidée plus tard pour Setsuna comme héros ?
Oui, il arriva seulement plus tard. J'étais tellement heureuse quand on m'a permis de dessiner "Angel Sanctuary". Je
n'avais qu'un mois de pause avant de le commencer. Mais durant ce mois j'ai dû dessiner des images couleur et diverses
autres choses. Il me restait à peine le temps d'élaborer le concept. Mais malgré tout ça je gardais mon enthousiasme.
Quand j'y réfléchis, la série de "Cain" était toujours un peu rigide. Il y avait trop de contraintes. Les scènes étaient le
monde des personnages. Avec "Angel Sanctuary" au contraire, j'ai une totale liberté. C'est ce que j'aime dans l'imagination.
Avec la magie, tout est possible.
VIII. Le plus important est ce que l'on entretient
26. Pour être brève, quand vous commencez une histoire, qu'est-ce qu'il ne faut en aucun cas négliger ?
J'aime les films qui effraient bien et qui dérangent.
Mes manga doivent aussi être comme ça. Je veux qu'ils soient aussi divertissants que possible. Je dessine pour
surprendre mes lecteurs et les faire tomber à la renverse.
27. Et cette volonté de divertissement a quelque chose à voir avec le glauque ?
Mais nous nous amusons quand nous ressentons des frissons, non ? Je ne dessine pas non plus de manga à se dresser les
cheveux sur la tête. Ce genre d'histoires à ne plus dormir la nuit... je n'ai pas le cur à dessiner ça.
J'ai approfondi ce sentiment quand j'ai dessiné "Zankokuna Dôwa tachi" (conte de fée cruel). Je voulais des angoissantes et
cruelles histoires mais qui avaient l'atmosphère d'une histoire pour passer une bonne nuit.
J'ai trouvé une impulsion pour ça lorsque j'ai entendu la légende transylvanienne de la forêt de pieux. Et j'ai pensé :
"C'est passionnant, c'est ce que tu voudrais dessiner". Dans cette histoire, un jour les gens du village passent dans la forêt
quand ils s'étonnent que la forêt pue, et regardent en haut. Et vlan ! ce qu'ils prenaient pour une forêt était en réalité des
gens embrochés. J'ai pris cette idée comme point d'attache pour "Zankokuna Dôwa tachi".
28. Alors dans ce cas-ci, ce n'était pas l'histoire que vous vouliez dessiner mais l'atmosphère ?
Mais une histoire qui ne porte que sur une atmosphère n'est pas non plus intéressante. On doit se laisser assez de marge
de manuvre. C'est valable aussi pour les costumes.
Pour les robes des personnages féminins dans "Earl Cain" je ne me suis pas occupée de la justesse historique. Elles devaient
juste être belles. J'aime m'écouter, comme les victimes de la mode, si on ne pense pas comme ça une grande partie des
lecteurs n'auront pas l'impression de se divertir. Le manga serait plat et sans aucun sens du divertissement.
IX. La beauté et tristesse de la chute
29. Pensez-vous que jusqu'à maintenant, "Sareki ôkoku" (le Royaume des Graviers) est votre seule uvre hétérogène ?
Pourquoi avez-vous choisi le désert comme scène ?
Probablement parce que j'ai vraiment désiré dessiner le sable. Le sable est quelque chose de vraiment beau. Ce sentiment
de désespoir quand il coule entre les doigts... En outre, ça me fait plaisir de dessiner le désert.
30. Il y a vraiment beaucoup d'uvres qui se passent dans le désert.
Un monde de la chute, qui devient sable et s'éteind...
31. Pas seulement le désert. Quelque chose a existé et a été entièrement détruit. Avez-vous une telle image dans l'esprit ?
Vous l'avez dit. On se représente les grattes-ciel de Tokyo s'ensabler. Si on voit ça en film,
c'est génial ! Cette tristesse, ces choses érodées...
Mais "Sareki ôkoku", c'est mon vrai Moi. Maintenant je dessine plein de choses différentes, mais finalement
mon chemin sera toujours celui-là. L'imagination, comme dans "Angel Sanctuary" ou "Sareki ôkoku".
X. A la recherche d'un monde noir et blanc
32. Ce qui m'impressionne dans vos dessins c'est le rôle important que jouent la lumière et les ombres.
Probablement parce que ces derniers temps les parties sombres ont augmenté. J'évalue le contraste. Si je dessine
un personnage sombre, je lui met un fond blanc.
J'admire les images en noir et blanc. Mais elle demandent du temps !
Il y a aussi des mangakas qui sortent 10 pages seulement tous les 2 mois. Ce sont des personnes qui s'investissent
énormément dans leurs images. Mais nous travaillons dans un tout autre genre, on ne peut pas comparer. Mais parce
que j'admire tant ces images j'ai commencé à utiliser beaucoup de trames.
XI. De la sensualité et expression humaine
33. Y a-t-il encore quelque chose à quoi vous faites attention particulièrement ?
Je me trouve justement dans un grand changement. Le style de mes dessins a changé. Maintenant, il est important
pour moi de dessiner des images plus humaines. Je dois trouver les lignes qui rendent les visages plus humains.
Il y a des gens qui dessinent toujours beaucoup de chair, comme dans les anime, mais s'il n'y a aucune compréhension
des visages humains, moi je ne peux rien commencer. Tout dépend plus pour moi de la sensualité.
34. Figures de chair et de sang ?
Exactement. C'est en effet beaucoup plus attirant émotivement je pense.
Si nous sommes vus comme représentatifs de l'érotisme, je dessine très peu de corps nus.
35. Oui, ils sont vraiment peu abondants.
Je transmets la sexualité plutôt dans la manière dont les vêtements tombent. Ou quand quelqu'un coiffe les
cheveux d'un autre par un enlacement de ses doigts. On ne peut pas le voir, mais ce sont des scènes lors lesquelles
on pourrait se demander : "Hey, où a-t-il donc encore ses mains ?" C'est un service au mental ou autrement dit, un
amusement.
Dans l'histoire que je dessine justement, il y a une scène dans laquelle Kouraï-chan essaie de séduire quelqu'un.
Mais si on ne lit que le dialogue, on ne le remarque pas. Pendant que je la dessinais je pensais : "Ce n'est pas assez
sexy !", j'ai gommé les dessins et ai rendu la scène encore un peu plus provoquante. Il y a à chaque fois deux ou trois
passages où j'améliore de telles choses.
XII. Le divertissement est l'essence du drame
36. Dans vos manga apparaissent une quantité d'hommes séduisants. Comment montrez-vous leur sex appeal ?
Le sex appeal masculin !? (rires) D'abord je dessine les yeux. Les hommes qui ressemblent à des femmes,
ça ne va pas. Il est important qu'ils aient l'air masculin. Energie, stature... Ensuite viennent les mains.
Quand les hommes ont de longs doigts, c'est super ! Par ailleurs, et c'est valable autant pour les femmes que pour
les hommes, je m'applique beaucoup pour dessiner les cheveux.
37. Avec les cheveux !?
Mais je suis toujours leur coiffeuse ! (rires) S'ils ont des cheveux doux ou plutôt cassants... mais pour l'effet
final on ne regarde pas particulièrement les images...
Dans cette partie j'ai donné à Astaroth des cheveux hirsutes, comme s'il les avait blanchis. Je voulais qu'ils paraissent
cassés.
38. Si on maîtrisait la magie, y aurait-il toujours des cheveux abîmés ? <rires>
J'aime les cheveux rêches ! Beaucoup de groupes que j'aime en ont de tels (rires)
39. Ce serait vraiment amusant. Une scène où tous les personnages vont dans la baignoire et où chacun utilise
un autre shampooing ! (rires)
Et des sels de bain ! (rires)
40. En parlant de ça, il y a eu aussi une scène une fois où Rochel se baignait.
C'était aussi pour les fans. Au début il s'agissait de mettre une scène tout à fait normale dans la salle de
conférence. Mais alors je me suis dit : "Non ça ne va pas ! Ce sera une scène de bain ! Avec des roses !" (rires)
41. Alors maintenant le fan-service : comment il se présente dans les tomes. (rires)
Dans le même genre, ça se passe dans la scène où Katan revient à son état originel, lorsque la première
fois qu'il revit Rochel celui-ci lui demanda sans interruption : "Suis-je beau ?". C'est une scène de mensonge provoquante
mais au début elle n'en avait pas l'air.
Mais il faut tout rendre encore plus dramatique et faire monter le sang à la tête du lecteur ! Je me martyrise la tête
et vient alors la lumière : "Voilà ! C'est un petit pervers !" (rires) Il demande continuellement aux gens s'il est beau,
donc il le fera ici aussi !
Au premier abord, aucune joie de le revoir [Katan] ne se manifeste sur son visage. Il la nie ! Et ensuite ses
sentiments le dépassent...! (rires)
42. Ah ah, ce sont des choses auxquelles vous réfléchissez en pleine nuit ? (rires)
Je suis contente que ça me soit venu à l'esprit ! C'était ça ou rien !
Mais alors que ça allait, dessiner l'idée était déjà un peu plus pénible. J'ai appelé une de mes assistantes et
elle demande en tant que conseillère : "Qu'est-ce qu'il y a ? -J'ai honte de dessiner ça." Et quand elle a dit :
"Comment ça, c'est pourtant super !", là j'ai enfin mis sur papier mon idée.
43. Et par de telles scènes s'est conclu le style propre au monde de Kaori Yuki.
Certes, mais si quelqu'un me dit que mes images sont suspectes, c'est désagréable, alors que "sexy", je prendrais
ça comme un compliment ! (rires)
Et pourtant je n'aime pas être réduite à ça. J'aimerais qu'on lise le contenu de mes histoires.
(L'interview a eu lieu le 23 mai 1997 dans le bureau de Yuki Kaori)
Postface
Dix ans dans la vie d'une mangaka... comment c'était ? C'est passé vite, c'est passé lentement,
et toutes les choses que j'ai élaborées très progressivement et sur une voie difficile sont ma récompense.
Le titre "ANGEL CAGE" signifie pour moi un ange qui est enfermé dans une cage à oiseau. J'ai réfléchi
à beaucoup d'autres titres, mais celui-là m'a semblé être le meilleur pour faire passer l'atmosphère
angoissante de mon manga.
Maintenant donc... avec ça, nous serons encore arrivés à mon talon d'Achille. Je n'ai pas encore
atteint mon but et ce à tous les égards. Même si je suis sur sa trace il reste pour moi une énigme,
mais il est quelque part, là-dehors...
Pour finir, j'aimerais remercier du fond du cur tous les rédacteurs qui ont permis la réalisation de cet album,
les concepteurs, mes assistantes qui m'ont toujours soutenue, ma famille et vous tous. Oui, vraiment.
Juin 1997
Yuki Kaori
Les titres présents en haut de page
Page 73
Kaori Yuki Interview
THÉ AVEC LE LIÈVRE DE MARS
Bienvenue dans une élégante Tea Party avec Kaori Yuki.
Page 75
Nous servons seulement le vin le plus fin.
Il ne faut pas non plus manquer de bonnes choses à grignoter.
Page 77
J'ai gardé ce thé pour une occasion spéciale.
Et il y a des sandwichs, servez-vous !
Les apartés et encadrés
Page 73 - Alice au pays des merveilles
Une histoire qui s'est fait connaître comme un conte pour enfants, mais qui
est en réalité composée d'innombrables satires de la société et de jeux de
mots complexes. Lewis Carroll a écrit ce livre pour une petite fille de son
voisinage. On a aussi dit qu'il lui faisait une demande avec.
Page 74 - Haut
Le bureau de Kaori Yuki mesure plus de 10 m. Tous les bureaux et les étagères
sont en noir. Une élégance sobre entoure cet espace.
Page 74 - Bas
Les objets de Kaori Yuki. Dans la cage à oiseau typique est posée une rose blanche. La pendule "Alice au pays des merveilles" est un cadeau d'un fan. Elle se trouve depuis sur son bureau. La maison de poupées est un cadeau d'anniversaire fabriqué par sa petite sur.
Le monde de Kaori Yuki I (page 76)
Les racines de mes travaux se retrouvent clairement dans les films
occidentaux. Pendant mes études supérieures j'ai découvert
ma passion pour le film américain et européen, passion que
je dois avant tout à mes amies, sous l'influence desquelles j'étais
devenue une fan des films et musiques occidentaux. Il arrivait que je
regarde jusqu'à 3 films par jour...
La nuit j'écoutais aussi de la musique occidentale et perdait du
même coup de l'intérêt pour la pop japonaise. Mes musiques
préférées venaient de groupes comme les Thompson
Twins, The Cure ou Culture Club. Aujourd'hui, j'ai complètement
arrêté d'écouter de la musique occidentale.
Le monde de Kaori Yuki II (page 77)
Fréquentation solitaire du cinéma
L'école supérieure spécialisée était le temps où mon amour dégénérait en films
occidentaux. J'empruntais chaque jour trois films. J'ai été toute seule au cinéma
pour voir le film de David Lynch "My Life as a Dog".
Mes films préférés sont ceux qui me laissent un sentiment triste et angoissant. Après
avoir vu un bon film, ce sentiment monte en moi à chaque fois : "C'est exactement ce que
je voudrais dessiner !". J'aimerais aussi susciter chez mes lecteurs les sentiments que
les films m'ont offerts.
Liste des mangas
Page 76
Zankokuna Dôwa tachi
"Contes Cruels" 1992, Hana to Yume n°17-18
"A l'instant où Tina vit le passé" 1991, Bessatsu HtY hiver
"Le mage dans les coulisses" 1991, Bessatsu HtY été
"Blanche" 1991, Bessatsu HtY octobre
Sareki ôkoku
"Gravel Kingdom" :
partie 1, "Kirameki" 1993, Hana to Yume n°1
partie 2, "Kanai" 1993, Hana to Yume n°2
partie 3, "Urei" 1993, Hana to Yume n°3
partie 4, "Saga" 1993, Hana to Yume n°4
"Stonehenge" 1992, Hana to Yume n°22
Tenshi Kinryôku 1-8
"Angel Sanctuary" 1994, Hana to Yume n°15-aujourd'hui
Kaine, endorphines de vie (shiro) et de mort (kuro)
"Kaine" 1996, Hana to Yume n°6-7
"Magical Mystery Tour" 1990, Bessatsu HtY été
"Orange Mécanique" 1988, Bessatsu HtY hiver
"Tokyo Top" 1989, Hana to Yume n°1
Page 77
Wasurerareta Juliette
"La Juliette oubliée" 1991, Bessatsu HtY décembre
"la marque de Bibi" 1992, Bessatsu HtY avril
"Les jeunes garçons qui ont arrêté le Temps" 1990, Bessatsu HtY automne
"Double" 1991, Bessatsu HtY printemps
"La mort de Cleo Dreyfus"
Shônen no fukasuru oto
"Le pendu" 1992, Bessatsu HtY juin
"L'éclosion" 1992, Bessatsu HtY octobre
"Qui a tué le rouge-gorge ?" 1993, Hana to Yume n°8
"La tragédie de la miss Pudding finement hâchée et consommée" 1993, HtY n°10
"Un conte tordu" 1993, Hana to Yume n°17, supplément spécial
Kafka
"Kafka" 1993, HtY n°18-22
"La tenue d'été d'Elie" 1987, Bessatsu HtY automne
Akai Hitsuji no Kokuin, en 2 volumes
"La marque du bélier rouge" 1994, Hana to Yume n°1-12
"Elizabeth de l'autre côté du miroir" 1994, Hana to Yume n°17



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Artbook Angel Cage